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Robert - Page 2

  • Génération 68

    Je vais avoir 44 ans cette année et je suis excédé par cette génération 68 que je dois supporter depuis que je suis adolescent. Pour reprendre le slogan de Me Parisot, j'ai besoin d'air et il est urgent de changer d'ère. Je sais bien que, dans cette génération choyée, tout le monde n’aura pas profité de la même manière et que le plus grand nombre ne partageait pas les délires de l’avant-garde éclairée de la révolution prolétarienne en marche sur les pavés parisiens. Mais il y a eu aussi une complaisance et un abandon qui ont permis aux plus zélés de prendre et d’occuper le pouvoir de manière quasiment structurelle.

    Ces zélés du grand soir n’ont plus conscience qu’ils représentent une génération arrogante et intolérante tellement ils sont sûrs de détenir la vérité en toute chose, la bonté en toute décision, la morale en tout jugement. Adolescent, j’étais fasciné et je me taisais devant leurs élucubrations marxistes aux allures savantes. A 25 ans, j’étais endoctriné à mon insu mais leurs chants sonnaient déjà faux. A trente ans, cela commençait à me laisser indifférent. Mais aujourd’hui, cela devient fatiguant de supporter leurs tollés à géométrie variable, leur bonne conscience à deux vitesses ou la litanie de bons sentiments et compassions odieusement orientée.

                Cette génération fut bénie des dieux. Elle a mangé la soupe des trente glorieuses dans laquelle elle n’a eu de cesse de cracher au nom d’une critique hystérique du capitalisme révélatrice de leur ignorance fabuleuse des principes économiques. Elle a connu la révolution sexuelle sans le sida et les préservatifs. Elle a rejeté ses parents qui avaient connu les privations, la guerre et la souffrance. Elle a laissé pousser ses enfants sans cadre sous prétexte de ne rien interdire et d’expérimenter des méthodes pédagogiques progressistes. Elle a profité de tous les acquis sociaux et elle part aujourd’hui à la retraite (avec anticipation) avec le pactole et une espérance de vie en augmentation de sorte que la durée de vie à la retraite sera bientôt aussi longue que la vie active. Qui paiera ? Ses enfants et ses petits-enfants pardi, lesquels vont hériter de dettes et d’impôts nouveaux !

                Et cette génération gâtée, non contente d’avoir profité de cette miraculeuse conjonction d’avantages, non contente d’être née au bon endroit au meilleur moment, terrorise toujours les âmes, impose ses valeurs et ses références intellectuelles, en faisant régner une police de la pensée inflexible qui ne tolère aucune contradiction. Car ceux qui ont le malheur de ne pas de se conformer à son format sont immédiatement traités de fascistes ou réactionnaires. Avec eux, il n’y a pas de demi-mesure !

                Et pourtant, la génération 68 devrait faire preuve de plus de modestie. D’abord, elle s’est plantée sur toute la ligne dans sa lecture de l’histoire et dans sa vision de son avenir. Elle nous présidait l’avènement de l’internationale socialiste sur fond de faillite du modèle libéral. Ensuite, elle vit mieux que ses parents alors que ses enfants vivront moins bien. Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, une génération a été incapable de transmettre le flambeau de la prospérité. Et c’est sans doute parce qu’elle a été incapable de transmettre les facteurs de cette prospérité que sont le capital humain (c’est-à-dire principalement la confiance, la morale, la compétence et la connaissance du monde, de l’économie et de l’homme) et l’épargne. L’éducation nationale, qu’elle a proprement phagocytée, n’assure plus son rôle de transmission des connaissances. Elle a toujours condamné cette école « bourgeoise ». Pour elle, l’école doit « fabriquer des citoyens solidaires », entendez par là des moutons incapables de penser par eux-mêmes et de se débrouiller sans l’Etat-berger.

                Quant à l’épargne, elle suffit à peine aujourd’hui à supporter la charge de la dette publique. Dans ce contexte, que reste t-il pour l’investissement productif, pour le financement plus risqué de la recherche et de l’innovation sans lesquels aucune croissance ne saurait être durable ?

                Quelle dignité peuvent donc avoir des parents qui laissent des factures à leurs enfants alors qu’ils ont eux-mêmes hérités d’un véritable trésor ? Car ils sont nés dans un pays riche et ils laisseront un pays en voie de sous-développement. Mais ils n’auront jamais le courage de l’admettre et ils sauront toujours trouver des boucs émissaires : c’est la faute au grand capital et au néolibéralisme dominant (qu’ils nous annonçaient déclinant) ! Diantre, quelle trouvaille pour ces esprits pétris de dialectique rapidement devenus es experts en langue de bois.

                Pour votre dignité, taisez-vous enfin, laissez la place à d’autres, prenez votre retraite, profitez encore de vos vieux jours, mais de grâce, cessez de nous donner des leçons !

    Jean-Louis Caccomo

    Perpignan, le 17 avril 2007

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