01.02.2010

LES LIBERAUX CONSERVATEURS CONTRE LA DIVISION.

jean francois touze

par Jean-François Touzé, Porte parole de l’Alliance pour les libertés, conseiller régional d’Ile de France.

La politique est aussi affaire de mode. Celle du moment étant à la recherche « à droite » d’ une offre supposée nouvelle permettant  une alternative au sarkozisme,  gogos, aigris et déçus convergent et font déjà mouvement vers le bœuf  dont  ils espèrent, grenouilles parmi les crapauds, faire leur roi.

Ainsi certains archéo gaullistes ou républicains de salon à la Dupont Aignan qui  commencent à avoir pour Dominique de Villepin les yeux de Chimène ; ainsi le CNI qui, non content de présenter aux élections régionales  une   liste en Pays de Loire se faisant de fait le meilleur allié de la gauche, vient, par la voix de son nouveau président, de publier un communiqué de soutien à l’ancien premier ministre. Le CNI qui pourtant, avec ses responsables sincères et talentueux animés de convictions fortes, incarne une vraie légitimité à droite et  pourrait avoir, s’il le voulait et faisait les bons choix, un rôle considérable a jouer dans les années qui viennent; ainsi quelques demi-soldes du chiraquisme  qui sentent pousser sur leur flan gauche les ailes de la revanche ; ainsi la maigre armée de bourbaki des anti occidentalistes rances, nostalgiques d’on ne sait quelle grandeur factice et de la fantasmagorique « politique arabe de la France » qui n’oublient pas le discours prononcé par Villepin à l’ONU contre l’engagement de notre pays aux cotés de ses alliés en Irak et ses mises en garde contre l’administration bush dont la politique étrangère serait menée par les néocons « amis de Sharon» .

Il n’existe certes et heureusement pas le moindre risque de voir Villepin l’emporter lors de la prochaine Présidentielle. Je doute tout autant, comparaison n’étant pas raison, de ses capacités à devenir le Chevènement d’un Sarkozy concourant pour un second mandat.

Il n’en reste pas moins vrai que, face à une gauche qui sait, lorsqu’il le faut, se rassembler, à un parti socialiste  en voie de reconstruction et à une extrême gauche en embuscade, la droite ne peut se permettre le luxe de la division.

Tout n’est, certes, pas bleu en Sarkozie. Mais jusqu’à présent l’essentiel a été préservé.

Pour les libéraux conservateurs que nous sommes, le risque d’une nouvelle expérience socialiste, nécessairement plus radicale encore que ne le furent les précédentes, n’est pas acceptable.

Pour gagner, la droite doit certes se rassembler. Mais elle ne doit pas oublier les valeurs et les principes qui, en 2007, ont permis au candidat Sarkozy de l’emporter, faute de quoi les électeurs déçus qui seraient amenés à se réfugier en 2012 dans l’abstention ou qui voteraient pour des candidats marginaux pèseraient d’un lourd poids sur le sort des urnes et, partant, sur le destin de notre pays et de notre civilisation.

La droite doit être rassemblée mais elle doit aussi être droitisée. Dans ces conditions, il est urgent, il est nécessaire, il est indispensable  que s’organise, existe et pèse un un pôle de conviction reconnu et audible au sein de la majorité présidentielle.

17.01.2010

Crise financière : comment éviter l'explosion ?, par Pierre Larrouturou

LE MONDE | 13.01.10

Peut-on soigner une gueule de bois avec un double whisky ? Peut-on sortir de la crise de la dette en accumulant plus de dette encore ? Dans tous nos pays, beaucoup s'alarment aujourd'hui de la fuite en avant des finances publiques mais tous savent que, dans l'état actuel de nos économies, stopper les déficits amènerait à replonger dans une récession profonde. "Il y a une bombe sous la reprise actuelle, c'est l'endettement public" affirmait récemment Pascal Lamy, le directeur général de l'OMC, mais il ne conseillait pas pour autant de stopper les déficits. Que choisir ? Sombrer dans le gouffre de la récession (tout de suite) ou foncer dans le mur de la dette (dans quelques années) ?
En quinze mois, la dette publique des Etats-Unis a augmenté de 2.000 milliards, soit 14 % du PIB américain. Pour éviter un effondrement complet de leur économie, les Etats-Unis ont "brulé" en quinze mois l'équivalent de toutes les réserves accumulées par la Chine en vingt ans.
Quant à la Chine elle-même, c'est peu dire que son économie est instable : "88 % de la croissance vient de l'investissement. Jamais, dans aucun pays, on n'a vu une croissance aussi déséquilibrée" explique Stephen Roach, Chef-économiste de Morgan Stanley. Pour éviter la récession, le gouvernement chinois a lancé un plan de relance représentant 13 % du PIB et a obligé les banques à distribuer un maximum de crédits. En un an, les banques chinoises ont distribué en crédits plus de 30 % du PIB. C'est du jamais vu. Dans aucun pays au monde !

"Le rétablissement chinois n'est ni stable, ni solide, ni équilibré" admettait le 10 septembre le Premier Ministre, Wen Jiabao. Le même jour, Xu Xionian, Professeur à la China Europe International Business School, affirmait : "Pour apaiser sa soif, la Chine a bu du poison."
Paul Krugman, Prix Nobel d'économie, estime que les risques d'un retour à la récession dès la fin 2010 sont "de 30 à 40 %". L'ancien Chef économiste du FMI, Simon Johnson, affirme que "nous nous préparons à une catastrophe énorme". En novembre, la Société Générale a envoyé à ses clients les plus fortunés un argumentaire mettant en avant le risque d'un "global collapse", un effondrement global des marchés. Il n'y a que Nicolas Sarkozy qui ose encore dire publiquement que "tout laisse penser que la croissance revient"

 

"Le plan Paulson est une transfusion sanguine à un malade souffrant d'une hémorragie interne" affirmait Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie, en octobre 2008. Un an plus tard, rien n'a changé : on transfuse nos économies à coup de trilliards de dollars sans soigner "l'hémorragie interne". Pour éviter l'explosion, pour éviter le global collapse, il est fondamental de comprendre où est l'hémorragie interne dont parle Stiglitz : pourquoi, dans tous nos pays, l'économie tombe-t-elle en récession si on cesse d'augmenter la dette ? Pourquoi nos économies sont-elles si "accros" à la dette ? Comment les sevrer ?
C'est en observant l'évolution de la dette aux Etats-Unis sur les 50 dernières années qu'on comprend les causes profondes de cette addiction. Jusqu'en 1981, le ratio dette/PIB était parfaitement stable. L'économie n'avait pas besoin de dette pour croître régulièrement. Des règles collectives assuraient une progression régulière des salaires et un partage équitable de la productivité entre salariés et actionnaires. Ce "compromis fordiste" a permis aux Etats-Unis de connaître 30 ans de stabilité. Sans dette.

 

Mais, en 1981, Ronald Reagan arrive à la Maison blanche. Les libéraux baissent les impôts sur les plus riches, ce qui diminue les recettes fiscales et augmente la dette publique. La dette augmente surtout parce que les politiques de dérégulation amènent à la baisse de la part des salaires dans le PIB. C'est à partir de là que des millions d'Américains commencent à s'endetter pour maintenir leur niveau de vie.
Les Etats-Unis ne sont pas une exception : dans l'ensemble des 15 pays les plus riches de l'OCDE, la part des salaires représentait 67 % du PIB en 1982. Elle ne représente plus que 57 %.

 

Sans doute la part des salaires était-elle un peu trop élevée à la fin des années 1970, mais une baisse de 10 points, c'est colossal. Cela pèse très lourdement sur la consommation des ménages. En juillet 2003 déjà, dans son rapport annuel, la Banque des Règlements Internationaux, la "Banque Centrale des Banques Centrales", soulignait le risque d'une récession mondiale par manque de consommateurs.
Comment expliquer la baisse de la part des salaires ? Dans tous nos pays, la peur du chômage a fortement déséquilibré la négociation sur les salaires : "Si tu n'es pas content, tu peux aller voir ailleurs." Avant même qu'éclate la crise des subprimes, il y avait au Japon 32 % d'emplois précaires; il y avait en Allemagne 4 millions de chômeurs et 6 millions de petits boulots. Avant même qu'éclate la crise, alors que les Etats-Unis étaient officiellement en situation de plein-emploi, il y avait en réalité tellement de bad jobs à 10 ou 15 heures par semaine que la durée moyenne du travail -sans compter les chômeurs- était tombée à 33,7 heures (Source Economic Report of the President 2007).

 

Dans ce contexte de chômage et de précarité de masse, quel salarié peut négocier une augmentation de salaire ? Qui peut refuser un surcroit de travail ? Qui peut "donner sa démission" en espérant trouver assez vite un autre emploi ? La peur du chômage est dans toutes les têtes. Cette peur a profondément déséquilibré la négociation et la part des salaires est tombée à un plus bas historique. Pendant des années, le système n'a fonctionné que parce qu'on distribuait par la dette le pouvoir d'achat qu'on ne donnait pas en salaire mais la fuite en avant a des limites…
" Si tu n'es pas content, tu peux aller voir ailleurs " Les racines de la crise financière, c'est 30 ans de chômage et de précarité. C'est à cause du chômage de masse que la part des salaires a tant diminué. C'est à cause du chômage que nos économies ont tant besoin de dette. Le chômage n'est pas seulement une des conséquences de la crise. Il en est l'une des causes premières. Pour éviter l'explosion, pour stopper "l'hémorragie", il faut donc s'attaquer frontalement au chômage. C'est seulement en donnant au plus grand nombre un vrai emploi et une vraie capacité de négociation sur les salaires qu'on sortira de la crise.
Hélas, à mi-mandat, Nicolas Sarkozy n'a toujours rien fait d'utile dans ce domaine. Le nombre de chômeurs a augmenté de 800.000 en dix-huit mois et Pôle Emploi annonce que un million de chômeurs vont arriver en fin de droit en 2010 mais Sarkozy regarde ailleurs… Pourtant, dans ce domaine, pas besoin de réunir un consensus du G20 pour agir : le Danemark et les Pays-Bas ont montré qu'on pouvait, au niveau d'un pays, construire un nouveau contrat social et diviser par deux le chômage. " Comment vaincre le chômage et la précarité pour sortir de la crise ? " Voilà le grand débat national que Nicolas Sarkozy devrait lancer. Dès demain, ce sera, dans chaque région, le chantier prioritaire d'Europe Ecologie.

Pierre Larrouturou est économiste et membre du Bureau exécutif d'Europe Ecologie. Dernier livre publié : Crise : la solution interdite chez DDB.

23.12.2009

Bloavezh mat ha yec'hed mat

Dromadaire.com
Claude Guillemain
vous a envoyé cette dromacarte
sur www.dromadaire.com

De la part de Claude Guillemain (claudeguillemain@yahoo.fr)