01.11.2009

Retraites : les chiffres qui font peur

Le serpent de mer est de retour. La réforme des retraites, qui n'en finit plus d'être inévitable, reviendra sur le devant de la scène en 2010, plutôt qu'en 2012, précédente échéance retenue pour ce qu'il convient d'appeler le "grand rendez-vous des retraites". La faute à la crise, qui a diminué drastiquement le montant des cotisations, creusant de fait le déficit déjà imposant de la branche vieillesse de la Sécurité sociale. Mais ce déficit, tout conséquent qu'il soit, n'est que la partie émergée de l'iceberg, l'illustration à un instant T d'un système qui n'a, en l'état, ni aujourd'hui, ni demain, les moyens de ses ambitions.

© Réalisé à partir des cotisations 2008 moyennes, hors ressources complémentaires de la Cnav

 

23.10.2009

Les exclus du système, un potentiel de croissance négligé


24 mars 2009
Dossier

SÉVERIN MILLET

Microcrédit, " social business "... Face à la crise, d'autres modèles d'entreprises s'affirment Répondre aux besoins des plus pauvres pour relancer durablement l'activité

 





Lors du G20 de Londres, le 2 avril, les chefs d'Etat des grandes puissances économiques développées et émergentes de la planète vont essayer de s'entendre pour réformer le système financier et relancer l'économie. Leur agenda ne devrait-il pas aussi réexaminer un modèle économique à bout de souffle ? La sortie de la crise n'impose-t-elle pas de réintégrer dans le circuit les oubliés de l'économie, d'orienter les financements vers la satisfaction de leurs besoins et de s'inspirer d'expériences qui ont émergé ces dernières années : la microfinance, l'entreprise sociale, le commerce équitable, le développement durable, la responsabilité sociale des entreprises... ?

La question se pose avec d'autant plus d'acuité que la crise " menace de devenir une crise humanitaire dans de nombreux pays en développement " si rien n'est fait pour les aider à protéger les plus vulnérables, a prévenu Robert Zoellick, président de la Banque mondiale, le 12 février. Plus de 200 millions de personnes, selon l'Organisation internationale du travail (OIT), pourraient basculer dans la pauvreté.

" La crise constitue la faillite d'une croissance fondée sur un niveau d'endettement toujours plus élevé dans les pays développés, captant l'épargne des pays émergents ", souligne Benoît Cougnaud, maître de conférences à Sciences Po et à l'Essec. Ainsi, suggère-t-il, les plans de relance en Europe pourraient servir " à réintégrer certaines des franges de notre société actuellement mises en marge du système économique - titulaires des minima sociaux, quartiers dégradés " et à soutenir la croissance " des pays émergents situés à la frange de l'Europe, notamment au Maghreb et à l'Est ", qui fournissent des opportunités d'activité par le rattrapage des niveaux de vie.

Selon la théorie des rendements décroissants de l'économiste David Ricardo, l'argent orienté vers un même secteur - par exemple l'immobilier américain - finit par avoir une rentabilité déclinante. Mieux vaut donc choisir des territoires et des activités sous-investis.

Car les bulles financières nées de la suraccumulation de capitaux finissent par imploser, détruisant massivement de la richesse. M. Cougnaud recommande donc des changements des normes prudentielles bancaires - et une fiscalité pénalisant les rendements excessifs produits par les bulles - afin de réorienter les financements vers l'économie réelle.

La théorie de la " base de la pyramide " élaborée au début des années 2000 par Coimbatore Krishnarao Prahalad, professeur de stratégie d'entreprise à l'université du Michigan, a déjà posé la question de l'opportunité économique de satisfaire la demande des 4 milliards de personnes vivant avec moins de 1,5 dollar par jour. Pour M. Prahalad, le défi est de " vaincre la pauvreté grâce au profit ". " La première version de la "base de la pyramide" a pu être traduite par : nous, grandes entreprises, savons quels sont vos besoins, et nous allons les satisfaire ", par exemple en vendant des crèmes de beauté en emballage individuel, expliquent Bénédicte Faivre-Tavignot et Frédéric Dalsace, responsable et titulaire de la Chaire Social Business - Entreprise et Pauvreté à HEC. Mais le coauteur de la " base de la pyramide ", Stuart Hart, l'a ensuite perfectionnée " dans un sens plus participatif, en créant le "protocole base de la pyramide", qui est une approche à l'écoute des gens et des communautés locales, plus inductive, pour comprendre les besoins des populations ", expliquent-ils.

Pour Laurent de Cherisey, ancien chef d'entreprise, auteur de Recherche volontaire pour changer le monde (Presses de la Renaissance, 2008, 406 pages, 21 euros), " la croissance économique - pour ne pas être fragile, voire factice -, doit procéder de la croissance de l'être humain. Si les marchés occidentaux semblent saturés, deux tiers du monde restent à "conquérir" au bénéfice de la dignité humaine. " Cela implique une nouvelle approche : " L'entreprise ne doit pas se demander à quel prix elle peut vendre son produit, mais à quel prix les plus démunis peuvent l'acheter... ", et mettre en place les financements appropriés, comme des microcrédits, explique-t-il en citant une expérience d'électrification rurale par panneaux solaires au Brésil.

De nouveaux outils comme la microfinance, portée par le Prix Nobel de la paix Muhammad Yunus - créateur de la Grameen Bank au Bangladesh en 1976 - ont en effet émergé : elle touche aujourd'hui 150 millions de clients dans le monde. Le social business (entreprise sociale) que M. Yunus promeut en même temps - et qu'il a décliné au Bangladesh avec ses filiales Grameen Phone (téléphone mobile), Grameen Energy (électricité) ou en partenariat avec Danone dans la production de yaourts -, est basé sur le principe : " no loss, no dividend " (ni pertes ni dividendes) mais un résultat social pour la collectivité. Créé en 1980 en Inde, le réseau mondial Ashoka compte aussi plus de 2 000 entrepreneurs sociaux dans le monde.

Les esprits changent. Près de 200 grands groupes privés dans le monde sont aussi impliqués dans des social business, selon M. de Cherisey. " Le secteur lucratif peut s'inspirer pour lui-même des innovations sociales et sociétales et adopter de meilleures pratiques, souligne Thierry Sibieude, titulaire de la chaire d'entrepreneuriat social à l'Essec : dans la façon de considérer l'individu, la prise en compte des légitimités de toutes les parties prenantes de l'entreprise, l'ancrage local et territorial très fort de ses entités, la remise en cause de certains écarts de rémunérations qui ne veulent rien dire. " Franck Riboud, PDG de Danone, écrivait le 3 mars dans Le Monde que la conception de l'entreprise ayant " pour seule finalité " de maximiser le profit de l'actionnaire " nous a menés dans l'impasse ".

M. Riboud proposera aux actionnaires de Danone que l'entreprise finance " un fonds de dotation consacré au développement et au renforcement de notre écosystème ", doté de 100 millions d'euros et abondé chaque année par 1 % du bénéfice net, pour soutenir des initiatives près de ses sites.

Le marasme économique rend en effet urgent d'accélérer " la propagation virale des règles du jeu de l'entrepreneuriat social à l'ensemble de l'économie ", juge Arnaud Mourot, directeur général d'Ashoka-France. Il recommande d'en faire une priorité dans l'Hexagone : " Dans tous les pays en développement, mais aussi développés comme les Etats-Unis d'Obama, on mise dessus ! " Et ainsi de revoir les statuts des organisations, qui doivent pouvoir être hybrides - lucratif et non-lucratif -, l'évaluation des impacts des activités des entreprises, le partage des richesses... Maria Nowak, présidente fondatrice de l'Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE), souligne de son côté l'apport récent du statut simplifié d'auto-entrepreneur pour le développement des microentreprises en France : " L'entrepreneuriat populaire est un gisement d'emplois fabuleux parce qu'il repose sur la créativité de tous les acteurs économiques. Il suffit de leur ouvrir accès au crédit et à un accompagnement approprié, pour qu'ils créent leur propre emploi. Si le travail indépendant n'est pas la seule solution, on estime qu'il pourrait résorber 10 % du chômage. "

Les nouvelles pistes de croissance durable commencent à ouvrir une voie alternative et à diffuser leurs bonnes pratiques. En se développant, elles devront cependant éviter de devenir un simple outil de communication des entreprises, d'être récupérées seulement en apparence, voire d'être détournées. Muhammad Yunus a régulièrement mis en garde contre la commercialisation du microcrédit par des organismes peu soucieux de sa mission sociale. Ces nouveaux outils devront aussi être complétés. A côté de la microfinance, la mésofinance commence à se développer pour aider les microentreprises à grandir, avec des financements supplémentaires. Mais il reste beaucoup de chemin à parcourir pour que de tels modèles prennent tout leur poids dans l'économie mondiale.

Adrien de Triconot

© Le Monde

20.10.2009

[Crise systémique globale] L'Union Européenne à la croisée des chemins en 2010: complice ou victime?




Written by LEAP/E2020

Thursday, 15 October 2009

Source : http://www.newropeans-magazine.org/content/view/10173/1/



GEAB N°38 - Les grandes tendances des phases 4 et 5 de la crise systémique globale (phase de décantation et phase de dislocation géopolitique mondiale) se dévoilent chaque jour un peu plus (1).

Tout le monde a désormais compris que les Etats-Unis sont emportés dans une spirale incontrôlable associant insolvabilité généralisée du pays et incompétence flagrante des élites US à mettre en œuvre les solutions nécessaires. La cessation de paiement annoncée des Etats-Unis est bien en cours comme l'illustrent la chute du Dollar et la fuite des capitaux hors du pays : seuls le nom du liquidateur et la reconnaissance de la faillite sont encore inconnus, mais cela ne saurait tarder. Et, à l'image de son leader, l'Occident, dont le Japon s'éloigne un peu plus chaque jour avec la mise en œuvre de ses nouvelles orientations politiques, économiques, financières et diplomatiques (2), est déjà en pleine déliquescence à l'image de l'OTAN en Afghanistan (3).

Ainsi, selon LEAP/E2020, l'année 2010 va placer l'Union européenne au cœur de quatre contraintes stratégiques qui vont lui imposer des choix urgents dans un contexte d'effondrement accéléré du camp occidental, que l'on pourrait simplifier en le résumant au destin du Dollar US. Ces choix définiront durablement le rôle des Européens dans le monde d'après la crise. Soit ils s'affirmeront comme des acteurs-clés de la structuration du monde de demain en affirmant leur propre vision de l'avenir et en cherchant les partenaires ad hoc sans exclusive ; soit ils se contenteront d'être des victimes consentantes du naufrage de l'Occident en suivant aveuglément Washington dans sa descente aux enfers. Dans le premier cas, l'UE assumerait pleinement sa finalité historique de redonner aux Européens la maîtrise de leur destin collectif ; dans le second, elle se révèlerait n'être que le pendant occidental du Comecon (4), appendice sans avenir de la superpuissance tutélaire.

Les tendances lourdes sont déjà identifiables et vont, selon notre équipe, fortement pousser l'Europe dans des directions anticipables dès aujourd'hui. Cela dit, la faiblesse intellectuelle de l'actuel leadership politique européen (Union et Etats membres confondus) oblige à moduler les pronostics.

Dans tous les cas, l'UE étant la première puissance économique et commerciale mondiale (5), les conséquences de ces évolutions auront un impact direct et rapide dans le monde entier sur de nombreux facteurs économiques, financiers et géopolitiques essentiels : taux de change, prix des matières premières, croissance, systèmes sociaux, équilibres budgétaires, gouvernance mondiale.

Dans ce GEAB N°38, outre ses recommandations stratégiques et opérationnelles pour faire face à la crise et ses anticipations 2009-2014 des risques-pays face à la crise, notre équipe analyse donc les quatre contraintes stratégiques pour lesquelles l'UE va devoir, dès 2010, apporter des réponses lourdes de conséquences, à savoir :

1. Faire face à la rupture du système monétaire fondé sur le Dollar et éviter de se retrouver sans recours devant la perspective d'1EUR=2USD
2. Eviter l'explosion des déficits budgétaires à la mode américaine et britannique
3. Répondre à l'aggravation de la crise Iran/Israël/USA et de la guerre en Afghanistan en définissant une position spécifiquement européenne
4. Apprendre à travailler de manière indépendante et constructive avec les nouveaux acteurs clés du monde d'après la crise : Chine, Inde, Brésil et Russie notamment.

En effet, sur tous ces points cruciaux pour les Européens et le reste du monde, il n'est pas envisageable d’attendre au-delà de 2011. Il suffit pour s'en rendre compte d'imaginer que les Européens restent collectivement passifs face à ces quatre contraintes pour se rendre compte de l'impossibilité d'attendre au-delà de 2010 :

1. Ainsi, si les Européens se contentent de regarder le Dollar couler, leurs exportations vers les Etats-Unis et de nombreux autres pays aux monnaies liées au Dollar US vont d'ici un an être totalement sinistrées, aggravant la crise économique et sociale dans l'UE.
2. Si les Européens, et surtout les dirigeants de la zone Euro, laissent filer les déficits publics, à l'image de ce que fait la France, la zone Euro va être soumise très vite à des conflits internes brutaux entre Européens du Nord et Européens du Sud.
3. Si les dirigeants européens se contentent de suivre l'axe Israël/Washington dans la question du nucléaire iranien et d'emboîter le pas à l'administration Obama pour l'Afghanistan, ils vont entrer dans un processus de confrontation avec leurs opinions publiques pour lequel ils ne sont ni préparés, ni en position de force, gage d'instabilité politique grave au sein de chaque Etats membres.

4. Si les Européens refusent de discuter de manière indépendante de leurs intérêts communs éventuels avec les Chinois, les Indiens, les Brésiliens et les Russes, ils se privent tout simplement de tout moyen de faire valoir leur vision des choses en ce qui concerne les trois contraintes précédentes puisque ces pays représentent aujourd'hui les puissances sans lesquelles rien de décisif ne peut plus être mis en œuvre (6).

Evolution historique de la part du PNB mondial du tandem Chine-Inde (1500-2008) - Sources : Bloomberg / Gluskin Sheff - 2009
Evolution historique de la part du PNB mondial du tandem Chine-Inde (1500-2008) - Sources : Bloomberg / Gluskin Sheff - 2009


Selon nos chercheurs, il est donc certain que 2010 est une année cruciale pour les Européens et leur avenir collectif. La position de l'UE, et plus particulièrement de la zone Euro, face au Dollar va être déterminante pour les Européens, comme pour le Dollar et l'ordre monétaire mondial. Non pas que les Européens aient choisi l'année (2010) ou le sujet (le Dollar) (les dirigeants de l'Euroland préfèreraient certainement continuer leur « business as usual »), mais l'Histoire est douée d'une remarquable ironie qui met les « alliés » des Etats-Unis désormais au pied du mur : sombrer maintenant avec Washington ou s'en sortir sans Washington.

Or, à l'image du déroulement de l'ensemble des phénomènes impliqués dans la crise systémique globale en cours, le temps connaît une forte contraction : tout va beaucoup plus vite. A ce propos, on peut d'ailleurs s'étonner de voir les « experts » en tout genre présenter comme farfelu l'article de Robert Fisk « Le crépuscule du Dollar » (7), rapportant que Russes, Chinois, Français, Japonais et pays pétroliers du Golfe discuteraient une quotation des prix du pétrole dans une autre devise que le Dollar US d'ici neuf ans. Pour LEAP/E2020, le seul élément surprenant de cette information tient au délai de neuf ans. Cette évolution surviendra bien plus vite, d'ici 2 ans, sous la pression des évènements.

Rappelons-nous le monde d'il y a neuf ans pour comprendre l'extraordinaire accélération de l'Histoire que constitue cette crise : il y a neuf ans, G. W. Bush venait tout juste d'être élu ; le 11 Septembre n'aurait lieu que deux ans plus tard ; les Etats-Unis ne s'étaient pas encore enlisés en Afghanistan et en Irak ; Katrina n'avait pas encore rasé la Nouvelle-Orléans ; un Euro valait 0,9 Dollar ; la Russie n'était qu'un pays à la dérive ; l'UE croyait élaborer une constitution populaire ; la Chine était un acteur international pauvre ; l'économie US était montrée en exemple au monde et le Royaume-Uni faisait la leçon ultra-libérale à toute l'Europe ; les banques d'affaires de Wall Street paraissaient invincibles, … la liste pourrait continuer longuement. Ce qui en ressort c'est que chacun de ces évènements aurait paru impensable à la plupart des « experts » quelques semaines seulement avant qu'ils surviennent. Alors penser qu'il faudra neuf ans pour payer le pétrole en autre chose qu'en Dollar, monnaie qui ne tient plus que par la volonté (de plus en plus mauvaise) des banques centrales à acheter, acheter et encore acheter cette devise pour éviter qu'elle ne s'effondre, c'est franchement faire preuve d'une naïveté historique désarmante.

Déjà au second trimestre, les banques centrales du monde entier ont entrepris de mettre fin à leur accumulation de Dollars US (le Dollar n'a en effet représenté que 37% de leurs achats de devises alors qu'il représente 63% des réserves) (8). Déjà en Juillet 2009, ce sont près de 100 Milliards USD de capitaux nets qui ont quitté les Etats-Unis (9), et ce au moment même où le pays prétend réussir à faire entrer dans ses caisses plus de 100 milliards USD par mois pour financer le déficit fédéral (sans parler des autres déficits publics).

Dans ce cadre, une question essentielle se pose : qui achète vraiment ces 100 milliards de Bons du Trésor US chaque mois ? Certainement pas les citoyens américains qui sont endettés au-delà du raisonnable et n'ont plus ni épargne, ni crédit. Certainement pas les opérateurs privés étrangers qui s'inquiètent chaque jour un peu plus de l'état de santé des Etats-Unis. Certainement pas non plus les banques centrales chinoise, russe, japonaise qui entreprennent, d’un côté de cesser leurs achats de bons à long terme, et de l’autre, de commencer à vendre les T-Bonds ou à transformer leurs bons à long terme en bons à court terme. Etrangement, seule la Banque d'Angleterre semble avoir encore cet appétit (10). Alors, il ne reste plus que les « usual suspects », à savoir la Fed et son réseau de « primary dealers », c'est-à-dire de la « planche à billet » d'une ampleur bien plus importante que celle reconnue par la Fed avec sa politique de « quantitative easing » officielle.

Evolution des achats étrangers de bons du Trésor US à long terme (1979 – 2009) - Source : Market Oracle / Sean Brodick - 09/2009
Evolution des achats étrangers de bons du Trésor US à long terme (1979 – 2009) - Source : Market Oracle / Sean Brodick - 09/2009


Avec l'annonce de budgets fédéraux en déficit de 1.000 milliards USD par an sur la décennie à venir (11), qui peut honnêtement penser que le reste du monde va accepter pendant encore neuf ans d'être payé en monnaie de singe ? Peut-être ceux qui pensaient impossible l'effondrement de Wall Street en Septembre dernier ? Ou qui croyaient qu'Obama allait changer l'Amérique et le monde (12) ? Ou qui persistent à croire que le consommateur américain va renaître de ses cendres et alimenter l' « impossible reprise » (13) ?

Contrairement à l’année dernière, l'actuelle rechute du Dollar ne bénéficiera pas d'un répit inespéré du fait de la panique. Cette fois-ci, la devise américaine fait figure d'épouvantail et non plus de refuge, car le découplage du reste du monde (Asie, Amérique du Sud et Europe en particulier) est à l'œuvre (14). C'est d'ailleurs pour cela que 2010 est une année si cruciale pour les Européens. S'ils laissent les évolutions en cours se poursuivre, c’est l'Euro qui va devenir une monnaie-refuge et son cours étouffera l'économie européenne. La zone Euro doit donc devenir plus agressive et débattre avec les autres grands acteurs économiques et financiers pour éviter cette situation, pour éviter que l'Euro ne s'envole face au Yuan, au Yen et autres monnaies de ses partenaires commerciaux.

En fait, sur ce point, elle n'a pas vraiment le choix, car acheter chaque jour des milliards USD qui valent de moins en moins étant donné le rythme croissant auquel ils sont créés, ne peut pas tenir lieu de politique durable (15). Et qui plus est, celle qui dispose vraiment d’une marge de manœuvre pour négocier au FMI, c'est bien l'UE, tant pour supprimer le droit de véto des Etats-Unis que pour faire de la place aux puissances « ré-émergentes » (16).

Poids des principaux acteurs dans la richesse mondiale - Source : FMI - 2009
Poids des principaux acteurs dans la richesse mondiale - Source : FMI - 2009


Comme souvent, ce sont les évènements extérieurs qui vont imposer aux Européens d'agir de manière unie et volontariste. En l'occurrence, pour LEAP/E2020, le Dollar va être l'un des puissants aiguillons de l'action européenne de l'année 2010. Et l'Histoire, dont l'équipe de LEAP/E2020 souligne toujours que son seul « sens » est celui de l'ironie, s'apprête visiblement à donner aux Européens un rôle que tout le monde s'attendait à voir jouer par les Chinois…

 

ImageLEAP/E2020
Laboratoire Européen d’Anticipation Politique
Geab n° 38 (15/09/2009)